Jacques Perreux, élu et vice-président du conseil général du Val de Marne, vient de rendre public un texte où il annonce sa démission du PCF et son choix de mener la campagne des régionales dans le cadre de la liste Europe Ecologie. Pour expliquer son choix, il met en avant comme premier argument arguments : la nécessité de l’unité dans le cadre d’un regroupement large.
Ainsi, J. Perreux dit regretter que Patrick Braouezec n’ait pas été retenu comme candidat pour l’Ile de France. Nous ne défendons pas plus la candidature de Pierre Laurent, mais P. Braouezec, qui est déjà député et président d’une communauté urbaine conséquente n’a certainement pas besoin de cumuler un autre mandat ! En quoi le Front de Gauche aurait-il été un rassemblement « d’un nouveau type » simplement si la tête de liste avait été différente ? J. Perreux donne comme deuxième argument sa colère contre la politique de la direction et d’un certain nombre d’élus du PCF qui ont contribué au renouvellement du contrat de gestion de l’eau avec Veolia. Remarquons seulement, que sur ce point, il n’y a pas de rupture de la part du PCF (vice présidence PCF au SEDIF, Veolia à la fête de l’Huma…). De plus, J Perreux a, malgré son engagement fort et public pour la gestion publique de l’eau, soutenu les politiques des municipalités d’union de la gauche. A ce titre, sa décision de rester membre du groupe communiste au conseil général est révélatrice. Selon lui, c’est par fidélité à ces deux principes qu’il a décidé de rompre avec le PCF ; pour notre part, nous pensons qu’il y a d’autres questions politiques non dites pour que ces deux arguments justifient la rupture avec le PCF. J. Perreux, avec sa lettre, ouvre de fait un débat : nous entendons y contribuer, c’est le sens de ce court texte !
J Perreux explique ensuite dans son texte qu’il est intéressé par la double dimension mouvementiste et non-partidaire d’Europe Ecologie. L’histoire des Verts allemands et français, qui se sont construits à partir de cette même problématique il y a plus de 20 ans, constitue pourtant un signal d’alerte. Aujourd’hui, l’institutionnalisation de ces partis, leur participation à des gouvernements ont conduit ces partis à abandonner toute perspective de transformation radicale de la société. La formule de Cohn-Bendit : « Que veux tu : avoir raison ou être élu ? » n’a rien à voir avec une autre façon de faire de la politique ! D’ailleurs, la direction d’Europe Ecologie affirme aujourd’hui la nécessité d’une convergence entre le Modem, le PS et les écologistes. J Perreux dans son texte y voit une simple contradiction. C’est plus que cela ! Ce qui est à l’œuvre d’après leurs initiateurs eux-mêmes, c’est une recomposition de la vie politique pour permettre de chasser Sarkozy en 2012. Ce qui s’est passé en Italie devrait pourtant nous alerter : c’est dans ce type de recomposition que le parti de la Rifondazione Communista (PRC) s’est englué. Résultat : le premier gouvernement Berlusconi a certes été viré, mais Berlusconi est revenu après 4 ans de gouvernement Prodi. Et la gauche italienne est maintenant moribonde. Ainsi, alors qu’en 2003, le PRC animait des mouvements sociaux très puissants, organisait des dizaines de milliers de militants, il ne pèse quasiment plus rien quelques années plus tard. C’est le même type de raccourci qui se dessine dans les débats politiques aujourd’hui.
Nous avons souvent croisé Jacques dans les mouvements sociaux (sans-papiers, soutien au docteur Poupardin, contre la privatisation de la Poste, eau…) où nous avons fréquemment défendu des points de vue très proches. Mais nous avons aussi souvent polémiqué sur les questions stratégiques et tactiques auxquelles est confrontée la gauche anticapitaliste et antilibérale. C’est sur ce terrain que nous voudrions poursuivre le débat. Car curieusement, J. Perreux omet de discuter d’un dernier point qui nous semble essentiel et qui a joué un rôle central dans tous les débats sur l’unité et les regroupements électoraux à construire : la campagne contre le Traité Constitutionnel Européen.
En 2002, J Perreux déclarait se sentir « plus proche de Besancenot que de DSK ». En 2005, nous avons apprécié son investissement dans la campagne du Non au TCE et les passerelles qu’il a permis de construire entre la gauche radicale et certains secteurs du PC et du PS. Aujourd’hui, malgré quelques précautions oratoires concernant les orientations défendues par Daniel Cohn-Bendit, son ralliement à un regroupement politique dirigé essentiellement par des partisans du Oui le conduit à tirer un trait sur toute cette séquence. Pour nous, le clivage entre partisans et opposants au TCE reste une divergence stratégique fondamentale. D’ailleurs, toutes les directives adoptées (dont un bon nombre ont été soutenues par Cohn-Bendit) au Parlement Européen prouvent que les partisans du Non avaient raison sur toute la ligne. Dans les mois qui ont suivi 2005, beaucoup et particulièrement J. Perreux, ont pensé que l’on pourrait rééditer la victoire du Non en d’autres occasions électorales et même construire une force autour de cet axe du non de gauche. Pour notre part, de façon plus prudente nous nous félicitions de cette convergence mais expliquions que, si elle ne réglait pas les problèmes stratégiques de rapport aux institutions et de transformation de la société, elle devait être l’occasion d’aller vers une nouvelle force à gauche vraiment indépendante des sociaux-libéraux. Jusqu’ici, sans apporter la même réponse, nous étions dans la même problématique. Aujourd’hui, le choix fait par J Perreux est une véritable rupture avec cette logique de construction d’une alternative anti-libérale à gauche qui le conduit à devenir de fait plus « proche de DSK que de Besancenot ».
Enfin, il y a aussi de notre point de vue une autre rupture, et non des moindres : Cohn-Bendit et Europe-Ecologie ne se placent pas dans le cadre d’un projet de rupture avec le capitalisme. Le premier se revendique depuis longtemps « libéral/libertaire », le programme de la seconde évoque une nouvelle régulation qui se donne pour seul objectif le développement d’un « capitalisme vert ». Sous couvert de développement durable et de sauvegarde de la planète, il s’agit de donner un nouveau souffle au capitalisme, en faisant payer le prix de cette transition aux populations : Europe-Ecologie soutient ainsi pleinement le principe de la taxe carbone, même si elle en discute les modalités. Pour notre part, nous sommes convaincus que le système actuel connaît une crise globale (économique, sociale et écologique) et qu’aucune solution durable à la crise écologique ne peut être apportée dans le cadre du capitalisme. Ce n’est pas notre genre de décerner des certificats (communiste ou pas), mais s’impliquer dans le projet politique que constitue Europe-Ecologie, c’est, pour nous, abandonner toute perspective d’en finir avec le capitalisme
Vitry/Seine, le 17/01/2010
